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Le loup blanc (suite)

Depuis qu’Annie a découvert l’existence du cristal d’âme, Samayo est très souvent présent, bien que toujours invisible. Elle perçoit sans difficulté sa proximité par une sensation permanente de pression au sommet du crâne. Elle ignore la nature exacte de ce lien, probablement télépathique, elle sait cependant qu’il peut suivre la totalité de ses pensées, ce qui est parfois bien gênant. Parfois aussi, il influence le cours de ses pensées, glissant une de ses idées intuitives qui aident à démêler les innombrables questions qu’elle se pose. En fait, elle ne connaît rien de lui. Pourquoi exerce-t-il une telle attraction sur elle ?

Depuis plusieurs jours, Annie ressent une angoisse croissante et incessante, de plus en plus insupportable, dont elle ignore la cause. Le malaise devient tel qu’elle s’en ouvre à Pierre. Lui seul est capable de capter les messages télépathiques de Samayo, et Annie est quasiment sûre que son sentiment d’angoisse est lié à celui-ci. D’ailleurs, elle ne perçoit plus sa présence depuis quelques temps. Pierre éprouve bien des difficultés à établir le contact, mais finit par capter quelques mots rapides : « avons été attaqués, avons dû changer de place, ça va ! » Pierre et Annie savent que Samayo vit à bord d’un grand vaisseau, quelque part dans un plan dimensionnel autre, où la vigilance permanente est nécessaire.

Ces quelques mots soulagent immédiatement Annie, mais sa peur a été si grande que, ce soir-là, elle cherche le réconfort dans les bras de Pierre, et perçoit soudain la présence de Samayo, ombre impalpable, qui vient se superposer au corps de Pierre. A cet échange amoureux intense, va suivre une extraordinaire aventure. Annie se voit soudain dans un endroit étrange, sombre, et ressent qu’elle se trouve à l’intérieur d’un grand vaisseau. Un interminable tube vertical de lumière se dresse devant elle. Un ascenseur. Elle émet le souhait de prendre cet ascenseur et se retrouve immédiatement à l’intérieur du tube lumineux puis tout aussi soudainement, émerge sur le palier d’une vaste coupole. Là, elle se retrouve sur un étroit balcon sans garde-fou, suspendu dans le vide, encerclant totalement se qui semble être une gigantesque salle sphérique. Occupant la coupole et flottant comme en apesanteur, s’offre à ses yeux un immense cristal de lumière, énorme sphère étincelante composée d’innombrables petites facettes juxtaposées. Près d’elle, Annie perçoit la silhouette de Samayo, vêtu de noir. Longtemps, elle reste fascinée dans la contemplation du cristal.

- Un collectif d’âmes ! pense-t-elle, en se demandant comment elle le sait.

Mais une question se pose : Que représente exactement ce collectif ? Serait-ce là l’Etoile Bleue dont parlent les Pléïadiens ? Un silence froid, presque hostile lui répond. Non, ce n’est pas la bonne réponse. Que pourrait-elle imaginer ? Le cœur templier, peut-être ? Un sentiment plus favorable accueille son interrogation. Cependant, Annie hésite, elle n’est pas vraiment satisfaite. Ce cœur-là lui semble tout simplement…humain ! Cette fois, une émotion chaude et douce lui parvient. Puis d’autres questions lui viennent. « Est-ce que nous sommes là, dans ce cristal, nous deux ? », demande-t-elle à Samayo. L’une des facettes du cristal géant lui apparaît soudain en relief. « Et Pierre et Delphine ? » Une autre facette se soulève aussitôt. « Les enfants et leurs compagnes ? » Car elles existent, bien qu’inconnues encore. Deux nouvelles facettes émergent à leur tour.

Soudain, la coupole disparaît et Annie se retrouve aux côtés de Pierre auquel elle relate aussitôt ce qu’elle vient de voir, encore émerveillée du splendide spectacle.

Les jours suivants, Annie tente à plusieurs reprises de rejoindre Samayo en focalisant sa pensée sur lui. Probablement guidée par celui-ci, elle découvre ainsi une vaste salle à l’intérieur du vaisseau. Bien qu’elle n’ait eu aucune difficulté à distinguer le grand cristal de lumière, ses perceptions nouvelles et imparfaites des plans invisibles lui permettent tout juste de percevoir l’immensité de la pièce où de nombreuses silhouettes sombres vont et viennent dans un brouillard presque tout aussi sombre, devant ce qu’elle devine être des postes de travail informatique. Samayo lui-même est assis devant un ordinateur dont elle ne perçoit que le plateau écran, au-dessus duquel flotte une image tridimensionnelle.

Bien souvent, les tentatives de voyage qu’effectue Annie n’aboutissent qu’à des situations crées par son imagination. Cependant, lorsque la situation ne correspond pas à son attente, que ses perceptions émotives deviennent claires, et que visiblement quelqu’un décide de ce qu’elle doit voir, son imagination ne peut plus justifier les évènements. Aussi, lorsque, au cours d’un essai de voyage, elle se retrouve face au collectif d’âmes, Annie s’interroge. La coupole est déserte. Après une attente qui lui paraît assez longue, elle voit pénétrer dans la vaste salle de nombreuses silhouettes, toutes vêtues de noires, mais qu’elle ne peut distinguer précisément. Les arrivants se disposent en cercle sur l’étroit balcon qui ceinture la coupole.

« On dirait une réunion au sommet ! » pense Annie. « Que va t’il donc se passer ? »

« Regarde. » La voix de Samayo a résonné dans sa tête.

Soudain, à la place du collectif d’âmes, apparaît un visage de lumière, immense et merveilleux, un visage féminin, infiniment doux et généreux.

« La Terre ! » murmure Annie ébahie. « Elle va parler ! »

Mais le temps passe, silencieux. Pourquoi ne parle-t-elle pas ? Tout à coup, la sonnerie du téléphone rappelle Annie à la réalité tridimensionnelle. Elle fulmine. Et en plus, pour une erreur d’appel ! De toute évidence, la suite de la réunion ne la concernait pas, elle s’est fait proprement virée. Mais la grogne ne paie pas et les voyages semblent quelques temps suspendus.

Quant à Pierre, les récits d’Annie ne l’étonnent pas vraiment. Il connaît le visage de la Terre pour l’avoir déjà vu en pensée, lorsqu’elle s’adresse à lui pour le guider. De même, le grand vaisseau ne lui est pas inconnu. Il sait qu’il y vivait avant de venir s’incarner en cette vie tridimensionnelle. Ses souvenirs sont assez précis bien qu’enfouis et ce que rapporte Annie les ravivent.

Les jours passent. Annie désespère de rejoindre à nouveau Samayo et c’est lui qui, un soir, vient lui redonner le moral, au cours d’une partie de franche rigolade où Pierre sert d’interprète. Cependant, lorsqu’ elle réclame moitié riant, moitié sérieuse, une présence un peu plus « consistante » de la part de Samayo, celui-ci répond : « ce n’est pas moi qui décide ». Qui donc alors ?

Profitant d’un week-end ensoleillé pour effectuer une longue promenade, Pierre et Annie discutent doucement à la recherche de leur passé antérieur. Samayo les accompagne, « branché » sur les pensées de Pierre. Tous deux ont, au fond de leur mémoire, d’étranges images liées à ce qu’ils estiment être une lointaine vie antérieure. Tous deux ont en commun l’idée d’une planète merveilleuse, détruite au cours d’une guerre abominable. Cependant les souvenirs de Pierre sont plus abondants et plus précis que ceux d’Annie. Celle-ci bloque sur un sentiment de culpabilité en relation avec cette vie particulière et qu’elle pense lié à la destruction de la planète. Elle ressent la nécessité de retrouver cette mémoire et de clarifier une situation qui lui procure un malaise profond. Tous deux ont déjà maintes fois évoqué ce monde qui avait tout d’un paradis. Monde d’origine de Pierre dans cette vie lointaine, mais qu’il connaît peu, pour avoir passé une grande part de sa jeunesse ailleurs. Il n’y est revenu que pour en découvrir les cendres. Annie sait seulement que Pierre et Samayo ont lié une solide amitié en cette vie lointaine, après l’explosion de leur monde. Elle-même estime y avoir vécu, mais n’en garde aucun souvenir et c’est Samayo qui lui fournit quelques éléments d’information :

« Tu étais émissaire de la paix », traduit Pierre. « Lorsque tu t’es aperçue que tu avais été trompée, tu nous as prévenus ».

Ces informations ne sont pas du tout claires pour Annie. Apparemment, il y avait conflit. Mais entre qui et qui ? Pourquoi ? A-t-elle joué un rôle de parlementaire ? S’est-elle fait dupée comme le sous entend Samayo ? Si elle les a effectivement prévenus comme il le prétend, c’était en grande partie trop tard. Pierre évoque la fuite de nombreux vaisseaux vers l’espace, mais aussi la grande partie de la population qui n’a pas eu le temps de s’enfuir.

« Tu as trahi les tiens », ajoute Samayo. Ces mots choquent profondément Annie. Si elle ressent un sentiment de culpabilité quelque part, elle ne croit pas avoir trahi ses amis. A ce sujet, sa conscience est parfaitement tranquille, aussi, l’accusation de Samayo la peine énormément. Elle aimerait en savoir davantage, comprendre les évènements passés, mais pour l’heure, les bribes d’informations données ne servent qu’à semer le trouble dans son esprit.

Au cours d’une tentative de voyage à la recherche de Samayo, Annie se projette en pensée dans la grande salle informatique pour découvrir son poste de travail inoccupé. Où peut-il bien être ? Elle saute mentalement jusqu’à la coupole. Le collectif est toujours là, rayonnant de lumière, mais le lieu est désert. Annie ne sait plus où aller, ce sont les deux seuls endroits du vaisseau qu’elle connaît. Indécise, elle essaie de visualiser le tunnel de lumière qui la lie à Samayo, le parcourt sur une distance qui lui paraît interminable et découvre celui-ci dans un superbe décors montagneux, assis à mi pente d’une vaste prairie, et contemplant la vallée et les sommets lointains. Un baiser échangé. L’endroit est vraiment pur et vivifiant. Mais Annie ne tient pas longtemps en place et entraîne Samayo jusqu’au sommet enneigé, parmi les nuages légers qui caressent la montagne. Elle prend soudain conscience de la neige qui l’entoure et se dit qu’il doit faire froid. Brrr ! Aussitôt, elle se retrouve couverte comme un oignon. Anorak, bonnet, tout y est ! « Non, c’est idiot ! » réfléchit Annie, « il ne fait ni chaud, ni froid, ici ». Elle rejette cet équipement encombrant, puis s’ensuit une parties de roulades à deux dans la pente neigeuse jusqu’à ce qu’un décrochement de terrain les projètent…. A la mer ! demande Annie. Et de se retrouver en vol, puis dans un plongeon vertigineux vers un lagon d’un bleu profond, suivi d’une exploration des fonds sous-marins. Pas besoin de parachute ni de scaphandre !

A chaque nouvelle expérience, Annie repasse et tente d’analyser les images et les sensations rapportées. Le comportement de Samayo a changé. Lorsqu’elle l’a découvert tout au début, elle le trouvait passablement impressionnant et un peu austère. Pas assez impressionnant toutefois pour qu’elle garde longtemps son sérieux en sa présence ! La première fois qu’elle a tenté de chahuter, essayant de le pousser à la renverse, il s’est vigoureusement opposé à son geste et Annie a perçu en lui un étonnement et une incompréhension qui lui ont fait mal. Sans doute s’était-il cru agressé. Il ne s’est pas trompé deux fois. A présent, il l’accompagne quelle que soit l’exubérance de ses idées, comme s’ils étaient parfaitement au diapason.

De même, Annie se pose bien des questions sur le lieu magnifique où vient rêver Samayo. Est-il réel ? Existe-t-il une telle planète, aussi pure, aussi vierge ? Ce monde n’est-il qu’un hologramme issu des entrailles d’un super ordinateur ? Ou bien encore créé par l’imagination ? Mal à l’aise, Annie ne peut s’empêcher de penser au sentiment de tristesse et de désolation que lui laisse le plan dimensionnel où erre le grand vaisseau vagabond. Elle-même adore imaginer des décors naturels modifiables à volonté où Samayo la rejoint. Le décors qu’apprécie Samayo semble aussi réagir à sa volonté de le modifier, lorsque, le trouvant un peu trop strict à son goût, elle décide de le transformer, y ajoutant un ruisseau, un peu de vent... Elle aime aussi retrouver en ces lieux enchanteurs la présence du petit cristal lumière, apparaissant toujours à sa demande. Cette présence lui est chère bien qu’elle ne sache pas ce qu’il représente exactement. Leur âme ! Oui, mais encore ? Poser des questions à Samayo ne sert à rien, elle ne capte pas les éventuelles réponses. Elle se contente de rechercher sa présence et la joie qu’il lui procure.

Jusqu’à présent, Annie a difficilement perçu Samayo, il a surtout été une ombre grise plus ou moins distincte. Aujourd’hui, elle l’entrevoit, silhouette de lumière, humaine mais imprécise. Elle se voit d’ailleurs elle-même sous un aspect identique. Lorsque, dans un baiser, leurs corps de lumière se rejoignent, Annie soudain ne perçoit plus rien. Tout est noir. Le monde extérieur a disparu. « Samayo ? » appelle-t-elle, étonnée. « Oui », répond celui-ci, invisible mais tout près d’elle. Ils semblent à présent tous deux en un lieu clos et exigu, totalement isolés du monde extérieur. Comme dans un œuf ! Un sentiment de plénitude absolue a envahi Annie, mais son étonnement est tel qu’elle ne parvient pas à maintenir la projection mentale plus longtemps.

Il lui faudra attendre un autre voyage pour découvrir la signification de « l’œuf ». Cette fois, comme celui-ci se referme sur eux dans un baiser, Annie perçoit leurs deux corps sous forme d’éclairs vaguement humains, lancés l’un après l’autre dans une rotation effrénée à l’intérieur de la coquille. Bien que lumineux et non pas inscrit en noir et blanc, la compréhension du symbole lui apparaît immédiatement : non pas un œuf mais le yin-yang ! Le mouvement de rotation semble s’éterniser, et brusquement, Annie décide de s’arrêter et fait face à Samayo qui s’immobilise aussitôt. Lorsque lentement, leurs deux éclairs fusionnent, une sphère de lumière bleue, diaphane, s’enfle, emplit la coquille, la dépasse. Sensation merveilleuse de sérénité et de plénitude et là encore, source d’étonnement.

A présent, Annie désire voyager. Où ? Sur le soleil ! Cependant, elle hésite, doute de ses capacités à effectuer un pareil voyage, puis après quelques tergiversations, se décide. Aussitôt, le décor change. Tout est lumière, ici. Et il y a foule ! Annie n’en revient pas. Autour d’eux, elle distingue clairement un grand nombre d’entités yin-yang, identiques à leur « œuf », couples d’éclairs en rotation incessante dans leur coquille. Chacun de ces êtres doubles semble totalement absorbé par sa propre rotation et nul ne prête attention à leur intrusion. Annie, immobile près de Samayo dans leur propre coquille, contemple un moment cet étrange spectacle. Puis son regard se porte sur le décors. N’y a-t-il rien d’autre ici que lumière ? Sans doute ses yeux ne sont-ils pas capables de distinguer autre chose. Pourtant, elle croit apercevoir les silhouettes fantasmagoriques d’arbres de lumière. Elle se promet de revenir en ce lieu magique lorsque sa vision se sera améliorée.

Bien-sûr, Annie raconte tout ce qu’elle a vu à Pierre : « Quel superbe voyage de noces ! On a attelé les chevaux au chariot et hop ! » Pierre s’étonne de l’image employée. Réflexion faite, Annie est bien incapable de l’expliquer. Comparer Samayo et elle-même à des chevaux est plutôt bizarre. D’ailleurs, qui dit chariot, dit pilote ! Elle passe là-dessus et conclut : « Le soleil est peut-être le septième ciel, ce paradis des amoureux ! Ou alors les Stellaires sont uniquement des êtres complets. » De fait, elle n’a vu sur le soleil aucune entité masculine ou féminine séparée.

Durant les heures qui suivent, Annie ne perçoit plus la présence de Samayo à l’extérieur, mais en elle. Le lien télépathique a disparu. Il ne reparaîtra plus. Sensation de bonheur, doux et paisible. Mais soudain, elle dit à Pierre :

- Samayo est parti.

Celui-ci répond avec un sourire réconfortant :

- Il a ses occupations.

- Je sais, fait-elle avec regret

Après un instant, Pierre reprend :

- Il te dit de venir le voir, toi aussi.

Hum ! Facile à dire ! Il semble avoir beaucoup plus de facilité à la rejoindre que l’inverse. Pourtant, ces quelques mots laissent une étrange impression à Annie.

Enchantée de toutes les expériences déjà vécues, Annie n’a qu’un désir : retrouver Samayo et poursuivre les explorations. La lecture des messages Pléïadiens du site Soleil de Jade trouvé par Pierre sur Internet, et particulièrement les messages de l’entité nommée Syviah l’ont aidée à trouver des réponses à ses propres questions et aussi rassurée, bien qu’elle soit légèrement critique à l’égard de ces informations. Aussi, elle aimerait bien en apprendre davantage et lorsque l’occasion de voyage se présente, Annie choisit pour destination l’Etoile Bleue mentionnée par les Pléïadiens.

La première image qui se présente à ses yeux est celle d’un collectif d’âmes identique à celui qu’elle connaît déjà, et pourtant autre. Puis l’image du collectif cède la place à celle du vaisseau qui le contient. A nouveau, le champ de vision d’Annie s’agrandit. Elle distingue à présent de nombreux vaisseaux, chacun abritant un collectif, répartis en un réseau serré autour d’un éclatant soleil blanc. Comme immobile dans l’espace, Annie reste un moment fascinée par le spectacle grandiose. C’est gigantesque ! Elle ne voit qu’une face du soleil mais devine que d’autres collectifs sont aussi en orbite sur l’autre côté. Combien peuvent-ils être ? Cependant, un détail l’intrigue sans qu’elle y accorde une véritable attention: ce soleil n’est pas bleu !

Annie s’approche du soleil. Elle aimerait bien entrer en contact avec quelqu’un. Mais qui ? Le premier nom qui lui vient à l’esprit est celui d’Emmanuel. Pourquoi ce choix ? Elle s’en étonne, et s’étonne aussi de l’appeler avec douceur. Habituellement, elle considère ce nom avec une certaine méfiance. Cependant personne ne répond, si ce n’est l’impression d’une présence puissante et amicale. Tant pis ! Elle choisit alors d’appeler Syviah. Une silhouette de lumière lui apparaît alors, rayonnante de beauté et de joie. Emerveillée, Annie la remercie de l’aide que lui ont apporté ses messages traduits sur le Net. En même temps, elle sent la présence de Samayo, attentif et amical, tout près d’elle.

De retour à la réalité tridimensionnelle, Annie repense à cette formidable aventure. Le lien télépathique l’avertit de la présence de Samayo. Sans vraiment réfléchir à ses propres paroles, elle lui demande soudain en pensée :

- Pourquoi n’as-tu pas profité de cette visite pour aller dire bonjour à ton copain Emmanuel ?

Une voix douce lui répond :

- C’est moi.

Annie manque de lâcher son fer à repasser.

- Quoi ! Ah non, pas ça ! C’est une blague !

Et vraiment, ça coince ! Annie ne peut s’empêcher d’assimiler le nom d’Emmanuel avec l’incarnation sous celui de Jésus. Elle n’a jamais porté les religions dans son cœur, pas plus la religion chrétienne que les autres. Elle éprouve une méfiance certaine envers le nom de Christ et y inclut aussi celui d’Emmanuel. Pour elle, tous ces noms sont imbriqués. En deux mots, Samayo a réussi à provoquer une véritable tempête dans son crâne. Elle lui en veut de revendiquer ce nom, mais en même temps, un certains nombres de contradictions dans sa propre conduite la laissent perplexe. Elle tente de comprendre. Elle a déjà lu des ouvrages sur ce sujet. Il ne semble pas correct d’amalgamer la religion chrétienne et les messagers Esséniens. De même, le nom de Christ ne désigne pas une entité particulière mais tout le groupe des Esséniens de cette époque. En fait, elle ne peut guère tirer de conclusion. Et de toutes façons, Samayo mène ses incarnations comme il l’entend, quels que soient les noms qu’il a portés, cela ne la concerne pas !

Samayo suit attentivement le déroulement de ses pensées, attendant patiemment que la tempête se calme. Il y faudra plusieurs heures, jusqu’à ce qu’Annie ait, sinon approuvé, du moins accepté.

Lorsque le soir, Annie rapporte ces événements à Pierre, celui-ci semble grandement étonné mais ne fait aucun commentaire. Elle profite des capacités d’interprète de Pierre pour poser quelques questions à Samayo :

- Quand t’es tu incarné dans une vie terrestre ?

- Il y a deux mille ans.

- Parmi le groupe des Esséniens ?

- Oui.

- Pourquoi m’as-tu répondu ainsi tout à l’heure ?

- Je t’ai fait une réponse de Normand, mais tu l’as très bien comprise.

Bon ! S’il le dit ! pense Annie. En fait, elle n’est pas certaine d’avoir compris quelque chose. Ou peut-être, préfère-t-elle ne pas comprendre !

Annie a encore bien des questions à poser, pourtant, Samayo ne semble plus disposer à répondre.

- Débrouille-toi toute seule.

- Tu pourrais m’aider un peu ! réclame-t-elle.

- Eh ! C’est cela l’émancipation des femmes ! répond-il, moqueur.

Annie n’a guère apprécié cette répartie. Aussi, dès qu’elle dispose d’un moment, elle essaie de se projeter vers le passé en quête d’informations sur cette incarnation particulière de Samayo. Peine perdue, elle n’aboutit à rien et s’apprête à renoncer lorsque une image lui apparaît, parfaitement claire et précise : l’image d’un visage aux cheveux et à la barbe sombres entremêlés de fils blancs, le visage d’un homme d’âge mûr, profondément buriné et tanné par le soleil. Si ce visage est celui de Jésus, de toute évidence, il n’est pas mort à trente trois ans.

Toutes ces énigmes n’entravent pas la bonne humeur, et le soir venu, la conversation à trois se tourne vers le rire, en un de ces affrontements verbaux masculin-féminin où Annie regrette l’absence de Delphine. A deux contre une, ce n’est pas simple ! Dépitée de ne pas remporter la partie, elle grogne :

- Oui, je sais ! Vous me prenez pour un cas, tous les deux ! Delphine aussi, je suppose ?

- Il dit : caca ! traduit Pierre dans un éclat de rire.

Annie fait la grimace.

- Caca ! répète Pierre, c’est ce qu’il dit !

Et en plus, il insiste, grogne Annie en elle-même. Décidément, Samayo a laissé la galanterie au vestiaire, aujourd’hui. Pourtant, ce double ka l’interpelle. Ne lit-elle pas justement quelques informations au sujet du ka égyptien, cette partie éthérique qui abandonne le corps au moment de la mort ? Que veut dire Samayo ? Ce jeu de mots sous-entent-il que, tout comme Samayo pour Annie, la contre-partie féminine de Pierre n’est pas incarnée ? Il est pourtant si sûr que Delphine est son âme sœur.

Plusieurs jours après, Annie en émet l’hypothèse à Pierre. Bien que très surpris, il ne s’oppose cependant pas à cette idée. Pas plus qu’il ne s’oppose à l’idée que Syviah pourrait être sa compagne, avec un sourire légèrement incrédule mais amusé.

- Demande lui directement ! suggère Annie.

La réponse est positive.

Il est bien étonnant de se retrouver à quatre, dont deux entités invisibles, à échanger et à rire. Il est aussi bien tentant d’expérimenter la fusion entre deux âmes complètes. Et cependant, cette relation amoureuse n’aura pas l’effet escompté. L’échange reste froid. La fusion ne se produit pas. Déçus, Pierre et Annie s’interrogent. Un peu plus tard, regrettant l’épisode du soleil :

- C’est déjà fini, la noce ? demande Annie.

- Mais c’est toujours la noce, répond Syviah.

Oui ! Cela devrait l’être ! pense Annie. Et pourtant, elle a cru déceler une légère tristesse venant de Syviah tandis que Pierre traduisait ses paroles.

- Et Samayo, qu’en pense-t-il ? insiste-t-elle.

- Il dit : pour moi, c’est différent.

Cette fois, Annie perçoit la froideur et même une certaine ironie accompagnant ses mots. Qu’a donc Samayo ? Elle n’y comprend vraiment plus rien. Quant à Pierre, il conclut cette aventure en réaffirmant : « Mon âme sœur est bien Delphine et personne d’autre ! »

La nuit suivante, Annie fait un cauchemar. Elle se voit en compagnie d’un homme qu’elle aime et considère être son époux, lorsque celui-ci la saisit au poignet, tenant une aiguille dans l’autre main. Il a l’intention de lui coudre les lèvres. Elle a peur, se débat. Il est plus fort. Attrapant des ciseaux, elle lacère son visage. Annie se réveille en sursaut, bouleversée. « Samayo ! pense-t-elle immédiatement, étais-tu donc aussi dominateur ! Aussi possessif !

Plusieurs jours durant, Annie s’enferme dans un mutisme agressif. Partagée entre son amour inconditionnel pour Samayo et le rejet d’un compagnon aussi dominateur, elle ne sait plus où elle habite. Lorsque enfin elle accepte de raconter son cauchemar à Pierre, celui-ci demande :

- Comment interprètes-tu ton rêve ?

- Il était dominateur, j’ai voulu trancher son image, trancher le lien.

- Pourquoi aurait-il agi ainsi ?

- Je suppose que je ne lui ai pas été fidèle, répond Annie après un temps de réflexion.

Pierre ouvre de grands yeux étonnés, secoue la tête et demande :

- Es-tu sûre qu’il s’agissait bien de Samayo ? Es-tu vraiment certaine d’avoir reconnu son empreinte énergétique ces derniers jours ?

Soudain pétrifiée, Annie repasse en pensée les derniers évènements. Une foule de détails qui lui avaient paru incompréhensibles lui reviennent en mémoire. Puis un soulagement immense l’envahit comme si une chape de plomb tombait de ses épaules. Bien sûr que non ! Ce n’était pas Samayo !

- Samayo n’aurait jamais fait cela ! ajoute Pierre.

Annie s’en veut. Comment a-t-elle pu être aussi peu attentive ? Tant de détails semblaient bizarres depuis son voyage sur le soleil avec Samayo. Mais ce n’était que des ressentis. Elle n’y avait pas accordé attention..

- Reste à savoir qui t’a joué ce mauvais tour, reprend Pierre.

- Je le sais, répond Annie. Il me l’a dit. Il n’a pas menti. Mais je n’ai pas compris.

Annie se sent passablement perturbée. En tous cas, ce visiteur indélicat n’a rien fait pour la détromper. Il a su utiliser la faiblesse de ses capacités de débutante en matière de rapport avec l’invisible pour la manipuler et tenter de couper le lien qui l’unit à Samayo. Annie est satisfaite sur un point au moins : il a échoué !

Le moral n’est cependant pas bien fort et Annie reste silencieuse lorsque Pierre lui dit :

- Samayo est là ! Tu ne sens pas sa présence ?

Les sens complètement bloqués, il lui faut un moment avant de percevoir la présence de Samayo, tout près d’elle. Puis une vague de tendresse chaude et profonde l’envahit. Comment a-t-elle pu confondre !

- Il ne cherche qu’à te consoler, sourit Pierre.

- Je sais, murmure Annie.

Quelques instants plus tard, elle demande à Samayo :

- Tu es déjà allé sur l’Etoile Bleue ?

- Il ne va pas là où tu es allée, mais il va parfois sur L’Etoile Bleue. Pour lui, ce n’est pas la même chose, traduit Pierre.

- Oui, je comprend à présent. L’Etoile Bleue est très belle. Elle est l’âme de la Terre. Ce que j’ai vu n’était que la Jérusalem Céleste.

- Il dit : oui.

Pierre ne fait aucun commentaire personnel mais Annie ressent que ni lui, ni Samayo n’apprécient cet endroit. Ce soir-là, Samayo ne s’attarde guère. La prudence est préférable.

Le lendemain, alors qu’elle sent la pression du lien télépathique sur sa tête, Annie ne se pose pas longtemps de questions. Elle a enfin compris que Samayo n’utilise plus ce lien depuis qu’ils se sont unis. Devant l’insistance du visiteur à écouter ses pensées, elle lui adresse mentalement une volée de qualificatifs peu flatteurs que visiblement, celui-ci n’apprécie pas. Le lien télépathique s’interrompt un instant, puis se reforme. « Hum ! Il est tenace ! pense Annie. S’il a du temps à perdre, tant pis pour lui ! »

De nombreuses interrogations sont nées de cette mésaventure avec les visiteurs Pléïadiens, apparemment toutes liées à cette lointaine vie antérieure qui cause tant de soucis à Annie. La journée passe sans qu’elle ait trouvé de réponse satisfaisante. Lorsque Pierre revient du travail le soir, avec des informations transmises par Samayo, le décors s’éclaircit un peu. « Samayo te dit ceci : Tu étais des leurs. Quand tu t’es aperçue que tu étais trompée, tu as changé de camp ».

Ainsi, contrairement à ce qu’elle pensait, en cette ancienne vie, Annie n’était pas originaire de ce monde qui fut détruit, mais d’origine Pléïadienne. Apparemment, elle était mariée à l’un des siens. La délégation de paix à laquelle elle a participé, n’était qu’un leurre dont les participants n’avaient pas conscience. Mais celle-ci lui a fait découvrir un monde magnifique, et aussi Samayo. Si elle a trahi les siens, elle n’a pas été la seule à agir ainsi. Elle est certaine qu’un certain nombre de Pléïadiens, rebelles à la hiérarchie de leur monde d’origine, ont choisit de se joindre à la cause des Hommes. Voilà qui la rassure un peu et tranquillise sa conscience.

Elle reconnaît cependant qu’elle doit des remerciements à son ancien compagnon Pléïadien. Sans son intervention, elle n’aurait pas retrouver une partie de son passé. Elle n’aurait pas réalisé aussi bien la puissance et l’essence du lien qui l’unit à Samayo. Elle n’aurait pas enfin porter son attention sur celui qui la guide et détermine ses expériences de vie. Jusqu’à présent, elle avait cru que Samayo tenait ce rôle, mais, bien qu’il soit infiniment plus conscient qu’elle des rouages, il ne décide pas vraiment.

Lorsque Annie, prenant maintenant quelques précautions pour assurer la tranquillité de son voyage, rejoint Samayo, elle laisse éclater sa joie de le retrouver et ne se prive pas de bouleverser son tranquille décors de montagnes, transposant la mer au pied des sommets dans un tourbillon de fleurs et d’oiseaux. Il a l’air d’apprécier ! Puis elle appelle le petit cristal lumière et l’observe un moment. Pas plus gros qu’une balle de ping-pong, il rayonne comme un petit soleil. C’est donc lui, leur pilote ! Il semble bien différent d’eux. Elle ressent que ni les émotions ni les sentiments ne sont de son domaine. Il ne cherche que la connaissance et peu lui importe que le chemin pour y parvenir soit agréable ou non. Il ne connaît ni le bien ni le mal. Mais il n’est pas mauvais et guide au mieux ses « mains » émotionnelles. Pourtant, Annie imagine qu’il n’est pas davantage autonome. Elle sait qu’il appartient au collectif humain. Et ce collectif appartient…. La Vie est immense.

Annie laisse ses pensées dériver. Une famille en cette vie, une famille dans une vie lointaine. Et combien d’autres, inconnues encore. Des liens et encore des liens, qu’elle aimerait voir en paix. Mais sa maison véritable est Samayo et le pilote. Représentent-ils tous trois l’un de ces êtres androgynes des origines, unité de base brisée pour servir les desseins d’une unité infiniment plus vaste ? Annie n’en sait rien. Lorsqu’elle ferme les yeux, la silhouette de lumière de Samayo lui apparaît, la main levée en un grand salut amical. Un sourire éclaire son visage. Près de lui, le pilote rayonne de tous ses feux.

 

Annie

28 Décembre 2001

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